Homme et galant homme : Intentions de mise en scène

HgH4« Obsédé par la misère sociale, la méchanceté du monde, le malheur et l’injustice, Eduardo (de Filippo) masque son pessimisme sous une veine comique. Il invente des situations burlesques, crée des personnages extravagants, toute une galerie de figures hautes en couleurs. Lui qui connaissait tous les mécanismes du théâtre traditionnel, il réinvente une « commedia dell’arte » moderne. Comme Molière en son temps, c’est la société contemporaine qu’il passe au crible. » – Huguette Hatem, traductrice du texte

A l’instar d’Huguette Hatem, dès la première lecture, l’image du masque s’est imposée à nous : élément marquant la duplicité, au sens positif comme négatif, de tous les personnages ; objet posant d’emblée un décalage avec d’autres personnages non masqués ; image puissante laissant entrevoir des corps qui bégaient, jamais totalement identiques à leur visage social ; artefact transformant les actrices en hommes mais laissant passer, furtivement, des traces de leur féminité. Et ce texte au rythme endiablé nous laissait imaginer un travail musical sur le mouvement des corps, enfermés ou libérés de leur(s) personnage(s). D’ailleurs, du texte lui-même, nous n’avons ôté que les quelques éléments qui empêchaient une entrée et sortie fluide des personnages/comédiens, et qui ralentissaient quelque peu le rythme du spectacle.

Rappelons que le texte met notamment en jeu une troupe de comédiens qui répète une scène de leur spectacle. Pour complexifier la mise en abyme déjà présente, nous avons ajouté le niveau des acteurs eux-mêmes, suivant de l’extérieur l’action en jeu, montrant aux spectateurs leur changement de costumes, leur attente, leur fatigue et leur préparation avant de franchir le fil symbolique qui les sépare de la scène… suggérant une fois de plus que la quête d’une vérité de l’être n’est qu’une chimère.

Les lumières soulignent les trois espaces dans lesquels l’action se déroule : la cour ensoleillée d’un hôtel en bord de mer pour l’Acte I, le salon d’un comte à l’Acte II, un commissariat obscur à l’Acte III. De la cour de l’hôtel où tout est possible, où tout peut être rêvé, dans un théâtre de fortune comme dans la vie du jeune Alberto, les espaces se rétrécissent peu à peu, et les personnages semblent davantage enfermés dans le rôle social dans lequel ils sont assignés. De chaque côté de la scène, une colonne de chaises est posée là pour les acteurs, dessinée via une autre lumière. Notre scène est ainsi une parenthèse, un îlot, mais nous ne sommes pas ailleurs que dans un théâtre.

La musique procède de la même volonté de brouillage, cette fois des repères temporels : il est en effet impossible d’assigner une époque précise à l’intrigue. La même incertitude, le même flou sur les identités semble préexister de toute éternité et les mots « honneur » ou « galant » ne sont bien souvent que des prête-noms pour celui de « désir ». Et c’est cette réflexion sur la lutte concurrente des désirs que nous voudrions instiguer chez le spectateur au travers de cette comédie. Lutte qui aboutit à l’équivoque, à l’incommunicabilité, à la folie. Ou, quand chacun a finalement renoncé, au statu quo social.

Sophie Hutin

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