Théâtre et Justice pénale

Balance-Justice

Voici le lien vers un article au format .pdf, terminé en septembre 2009, publié dans Les Usages sociaux du théâtre hors ses murs, sous la direction de Jérôme Dubois, Paris, L’Harmattan, 2011. Tous droits réservés.

Lien : Pour un usage du théâtre dans la Justice pénale

Extrait :

« Revenir à son corps, c’est focaliser son attention sur une perception du vivant, dans l’ici et maintenant, en prenant corps immédiatement avec les autres. En prenant à la lettre l’étymologie de l’é-motion, chacun est amené à explorer les sensations nées de la mise en mouvement, dans l’expérimentation même et non dans une introspection. Le théâtre, parce qu’il explore avant tout les langages des corps en mouvement, s’ancre dans une recherche d’actes signifiants. Sur scène, le monde reçu entrelace une perception de son propre corps, une perception du corps des autres, et une perception imaginée, fictionnelle du monde. Encore une fois, cette perception n’est pas de l’ordre de l’introspection, le théâtre privilégie au contraire une ouverture au monde, un monde « du dehors ». Chacun fait l’expérience du fait que son être est d’emblée posé dans un rapport aux autres. Le stagiaire participe à un monde conçu a priori en mouvement.

Les jeux et les exercices incitent les corps à se défaire de leurs habitudes, à travailler autour de la neutralité et la conscience de la gravité, l’orientation du corps entre le haut et le bas, entre le zénith et le nadir. Peu à peu, les corps se redressent, retrouvent une neutralité, une disponibilité qui leur permet d’être à l’écoute des autres, puis d’affirmer leur propre existence sans agressivité. Cette neutralité comme état d’ouverture permet d’aborder la seconde phase de l’activité théâtrale, autour de l’improvisation. A l’instar de Jacques Lecoq, on peut noter que « l’enfant mime le monde pour le reconnaître et se préparer à vivre. Le théâtre est un jeu qui continue cet événement. » Les exercices de théâtre déployés reposent sur un rapport de mimétisme, notamment au travers du rejeu d’une présentation aux autres, d’imitations de la parole et du corps de l’autre, d’improvisations reproduisant certaines situations sociales ou prenant le parti de l’imaginaire. Se faisant, les personnes sur scène dévoilent peu à peu une intimité qu’elles partagent avec le public. »

Et voici une citation que j’aime particulièrement, de Nathalie Riera, intervenante de théâtre en prison :

« Au théâtre, les mots sont physiques. L’imagination est physique. L’espace est physique. C’est à partir du corps que le théâtre peut commencer. Et j’ajouterai que c’est parce que nous sommes dans le désir du jeu que le théâtre vient vers nous. Le jeu est physique, mais il a cependant la grâce de nous faire revenir vers ce quelque chose en soi qui correspond à une réalité profonde, ce quelque chose en soi qui se maintient en secret, et qui n’est autre que ce que nous avons connu enfant. Même l’univers est jeu, ainsi que notre volonté de maintenir la relation humaine. » (in La Parole derrière les verrous, Essai sur le théâtre et la poésie dans l’espace carcéral, Paris, Editions de l’Amandier, 2007, p. 46).

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